BERLIOZ Hector

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BERLIOZ Hector

[La Côte-Saint-André, 1803 - Paris, 1869], compositeur français.
Lettre autographe signée, adressée à la Princesse
Caroline Sayn-Wittgenstein. Paris, 27 octobre 1867; 3 pages in-8°. Sur papier deuil (après la mort de son fils
Louis).
SUPERBE ET ÉMOUVANTE LETTRE.
«Chère Princesse, Vous ne savez pas ce que c'est que de la douleur physique et morale persistante, n'avoir un instant de répit; sans quoi vous ne vous étonneriez pas de ce que vous appelez ma froideur. Je n'ai pas la conscience de ce qui vous a blessé. Je suis allé aux eaux de Néris; au bout de quelques jours le médecin m'en a renvoyé, ces eaux m'étaient contraires. Je suis allé de là à Vienne (Dauphiné), où j'ai passé quelques semaines chez mes nièces. De là j'ai fait trois fois le voyage de St Symphorien, petite ville à trois lieues de Vienne où habite maintenant Mme F...
; ces trois visites me ranimaient chaque fois, bien que
Mme F... soit fort triste et bien désireuse, dit-elle, de voir finir son ennuyeuse vie. Trouvez-vous que le souvenir de ces impressions soit de nature à adoucir celle du dernier malheur que j'ai éprouvé? Je me suis résigné à faire le voyage de Russie, parce que j'ai besoin d'argent et que je ne gagne rien en France, et qu'il faut joindre les deux bouts. Je ferai ce que veut la Grande Duchesse, qui protège son conservatoire et veut des concerts classiques.
J'ai eu des nouvelles de Meiningen par trois personnes: un allemand, qui m'a écrit sur la scène d'amour, l'adagio de Roméo et Juliette, un américain, qui était au festival, et Gasperini, le critique qui y était également. Sans cela, je n'en aurais pas entendu parler. Tout m'est à peu près égal maintenant; l'absurde me paraît l'élément naturel de l'homme, la mort le noble but de sa mission. J'étais déjà à peu près dans cet état d'esprit, quand je me suis présenté à Vienne en Autriche chez la jeune princesse, votre fille; c'est ce qui lui aura fait paraître mon abord froid comme vous le dites. D'ailleurs je l'ai trouvée si changée! Voilà la vie!
Adieu, chère Princesse, ma lettre va vous paraître bien ridicule au milieu de vos agitations romaines qui le sont cent fois plus. Je vous baise la main. H. Berlioz.»
Mme F. désigne Estelle Fornier, son premier grand amour de jeunesse.
La Princesse Sayn-Wittgenstein, qui avait été la compagne de Liszt, vivait alors recluse à Rome. C'est elle qui, notamment, décida Berlioz d'entreprendre la composition de son gigantesque opéra «Les Troyens».
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